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Tops&flop de 2017 : quand les œuvres emportent loin !

2017 touche à sa fin, avec elle beaucoup d’aventures et de mésaventures. Beaucoup de changements et de bouleversements. Mais surtout, une magnifique année de lectures follement enthousiasmantes, inspirantes, lucides et qui font grandir. Des découvertes culturelles comme des armes contre le vacarme ambiant et la grisaille assommante. Vous commencez à me connaître, je n’ai pas l’habitude de faire court, c’est pourquoi j’ai décidé de vous présenter un Tops&Flops composé des trois tops qui m’ont le plus marquée dans quelques catégories !

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Avec chance, je n’ai qu’un réel flop qui marque 2017. Mais quel flop ! Lancez-moi des roches, mais je n’ai pas dutout apprécié Blade Runner 2049 de mon cher Denis Villeneuve national. Entre personnages féminins (et personnages tout court) sans aucune épaisseur, complètement objectivés et manquant cruellement de lucidité (voire même littéralement inutiles pour certain.e.s) et scénario facile gavé de faux rebondissements et d’incohérences, je n’ai décidément pas passé un bon moment malgré les couleurs et les quelques compositions de certains plans.

Reste que ce flop a été balayé par de très bons tops que voici :


Côté littérature

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Aphélie de Mikella Nicol
Retrouver la plume de Mikella Nicol a été un plaisir infiniment grand. Dans Aphélie on suit une jeune femme qui occupe un travail de nuit dans un grand bureau vide surplombant des stationnements désertiques, terrain de jeu idéal pour l’imaginaire. Entre ses sorties dans un bar où elle rencontre une jeune femme avec laquelle elle tissera des liens d’amitié intenses et ses rêveries éveillées concernant une autre jeune femme, cette fois-ci disparue et dont l’image tourne sans cesse des les médias, elle tentera de traverser indemne un été caniculaire qui mettra son couple à l’épreuve. Et ce n’est pas tout, le souvenir d’un amour passé la hante, s’insinue constamment dans ses songes de nuits éveillées d’été, amour violent, amour dangereux. Mikella Nicol a créé ici un personnage féminin merveilleusement fort, qui porte le récit malgré sa fatigue, l’alcool et les nuits troubles. On déambule avec elle parmi d’autres personnages et des soirées chaudes, collantes et lunaires avec plaisir et délice. Le rythme est maîtrisé et que dire de la fin… Rien, pour ne vous gâcher aucun plaisir, si ce n’est qu’elle est d’une ingéniosité délectable !

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Femmes rapaillées collectif dirigé par Isabelle Duval et Ouanessa Younsi
Je me suis mise à lire compulsivement de la poésie depuis mon retour au Québec. Nous avons une poésie contemporaine tellement riche, ingénieuse, brillante et d’une puissance révélatrice folle. Ma lecture la plus marquante à travers celle de tant de bons recueils est certainement ce magnifique collectif de Femmes rapaillées, descendantes de Gaston Miron, maniant le langage et les jeux sur les mots avec une précision vertigineuse. J’ai eu le souffle coupé plus d’une fois, j’ai répété plusieurs vers en boucle afin de m’en imprégner pour calmer la peur quand elle monte trop vite, trop fort et j’ai eu la vue brouillée plus d’une fois, le souffle enlevé, les mains tremblantes, l’envie de lire à voix haute certains textes en plein métro, en plein cours, en pleine marche aux passants, aux inconnus, leur partager la beauté et le voyage qui habitent ce recueil. J’ai du mal à m’en remettre, pour mon plus grand bonheur.

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Don Quichotte par Kathy Acker
Réécriture vertigineuse, brillante, marquante et instable du grand classique de la littérature, le Don Quichotte de Kathy Acker est complètement dingue, il est éperdument lucide et redoutablement bouleversant. L’entrée dans l’œuvre m’a été à la fois difficile, car complètement déstabilisante, et pourtant tellement addictive. Impossible de reposer le texte, impossible de le quitter et depuis c’est lui qui ne me quitte plus et m’habite chaque seconde. Dans chacun de mes souffles, cette expérience est là, tranquille, subtile, vivante. On y suit pas  un chevalier mais une chevalière, et pas des moindres, une jeune femme qui s’apprête à se faire avorter, parée de son armure de papier verdâtre et fade. Puissante. La jeune femme, la langue de l’œuvre, la paraphrase ingénieuse et surtout : Kathy Acker en elle-même dans son jeu et sa maîtrise de la réécriture à la hauteur de l’original. L’héroïne est accompagnée de son Sancho Pancha renommé Saint Siméon et à quatre pattes, un chien qui lui parle, volubile à s’en étourdir. Sa quête est philosophique, amoureuse et sexuelle, elle est de l’ordre du désir, de la conquête, de soi, de ses droits, de la parole et du langage. Œuvre rêvée, tellement lucide, profondément juste et dévoilant une grande maîtrise de la part de Kathy Acker.


Côté musique

Samuele
Découverte depuis que je suis de retour chez moi, je suis obsédée par l’intelligence et l’engagement des textes de Samuele, par sa sensibilité lucide, par sa manière de dire les choses et d’énoncer toutes ces sensations, ces pensées, ces réflexions que je ne parviens jamais à voir se cristalliser comme je le voudrais. Samuele m’émeut, elle me donne envie de me tenir droite, je l’écoute et j’ai confiance en demain.

Antoine Corriveau
Parce que ma grande sensibilité a besoin d’être nourrie et parce que je n’ai pas de honte à aimer m’émouvoir par la musique et l’art, la découverte d’Antoine Corriveau a marquée mon année. Une poésie infatigable, de la musique qui berce les maux, engourdie les zones douloureuses et redonne du souffle. J’y trouve écho à l’invisible, à l’incommunicable, à l’intangible, à tout ce qui sommeille en moi sans pouvoir s’exprimer comme je le voudrais…

Alex Ebert
Sa voix, sa musique, ses clips, tout chez cet artiste m’emporte et m’hypnotise. Je ferme les yeux et je ne touche plus terre, nulle part où je ne puisse fuir et retrouver toute la chaleur dont j’ai besoin pour oublier les obligations et le rythme quotidien qui rend parfois un peu fou… J’oublie que je ne sais pas danser et je bouge, je vogue, plus rien ne me rattache à la réalité, il n’y a que le rêve aussi délectable que tout. La nuit s’éclaire, tendrement, et la lumière trop sincère du jour s’atténue, il ne reste que les songes, les pensées, l’instinct et les pulsions.


Côté cinéma 

Lady Bird par Greta Gerwig
Tant de lucidité dans ce film. Un film de plus sur l’adolescence, mais pas des moindres. Le personnage principal est attachant dans tous ses détails, la jeune Christine qui se surnomme « Lady Bird » tente de ne ressembler en rien à sa mère et de voler de ses propres ailes du mieux qu’elle le pourra. Scénario que l’on a l’impression d’avoir déjà pourtant trop vu mais qui joue habilement avec nos attentes pour nous offrir une œuvre d’une sensibilité folle et d’une justesse infinie. Les dialogues sont si bien maîtrisés, j’ai rigolé, j’ai pleuré et surtout : je me suis retrouvée dans ce si beau personnage. J’aimais déjà si fort Greta Gerwig pour sa carrière d’actrice, je suis tellement heureuse de voir qu’elle sait nous proposer un premier film aussi juste, profond et beau et attend les autres avec impatience.

120 battements par minute par Robin Campillo
Un éloge de plus pour ce film qui a déjà été très bien reçu, et avec raison. J’ai adoré y découvrir l’association d’Act Up Paris, les personnages tous engagés pour un combat commun et qui pourtant ne s’entendent pas toujours sur les détails, importants et essentiels, de ce combat, nous plongeant dans un réalisme à faire mal. J’ai souffert devant ce film, vu trois fois au cinéma. Souffert de me retrouver confrontée en tant que spectatrice immobile du combat lucide et orchestré avec intelligence d’un groupe animé par une force plus puissante que tout, même que la mort, face à un gouvernement et une industrie profiteurs et si bien joués et mis en scène qu’on ne pouvait faire autrement que d’être dans le mal absolu devant leur inaction. J’ai aimé la poésie du film, la musique, les corps, les dialogues, les manifestations, les tensions, les souffrances, les jouissances, les frissons, les larmes, les cris, les silences, les souffles, les battements de cœur et surtout la puissance folle du film, sa capacité à nous faire vivre littéralement une part de l’histoire jusque dans notre propre corps tendu, tremblant, crispé, frissonnant, devant des scènes aussi maîtrisées !

À voix haute par Ladj Ly et Stéphane de Freitas
Je vous en ai déjà parlé juste ici, alors je ne m’attarderai pas trop. Simplement, rien que de revoir la bande annonce en rédigeant cet article j’en ai encore les larmes aux yeux et des frissons intenses. Je remercie encore la force de ce film : nous montrer l’intelligence et la force de jeunes capables de s’exprimer et de porter à bout de voix des sujets d’une importance capitale.


Le top ultime, toutes catégories confondues

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Homo sapienne par Niviaq Korneliussen
Claque ultime de 2017 pour moi : ce roman si bien traduit du danois, lui-même traduit du groenlandais par l’auteure Niviaq Korneliussen, par Inès Jorgensen. Un roman multiple, au niveau des voix car chaque chapitre suit un personnage différent, au niveau des thématiques qui passent de l’acceptation de soi et sa sexualité à celles du genre, de l’appartenance à un lieu, de liens avec les autres et de l’affirmation de l’être que l’on est vraiment. Multiple au niveau de la manière de s’exprimer, entre dialogues, lettres, sms, appels téléphoniques, l’œuvre joue intelligemment avec les moyens que nous avons pour dire, ou tenter de dire, ce qui se joue en nous aux autres. Homo sapienne aborde tant de sujets complexes, l’identité sous toutes ses coutures, et Niviaq Korneliussen jamais n’échoue, jamais ne se perd, jamais n’en fait trop ou pas assez, elle est d’une justesse infinie, à un tel point que cela en est troublant lorsque l’on sait qu’il s’agit d’un premier roman… J’avais déjà du mal à trouver les mots à la hauteur de ce roman ici, et je n’y arrive toujours pas comme je le voudrais. Je n’ai qu’une chose à ajouter : lisez-le !


Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter une excellente nouvelle année ! Remplie de découvertes folles, d’instants de rigolades à vous réchauffer le cœur et d’accomplissement fifou !

 

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1 réflexion au sujet de “Tops&flop de 2017 : quand les œuvres emportent loin !”

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